17/08: Kverkfjöll
Il ne pleut plus au réveil, très matinal de par le remue-ménage autour du refuge.
Le bus est parti vers le glacier à 8h00 du matin pour une nouvelle tentative de marche sur le glacier. Le sosie de Thierry m'avoue avoir très mal dormi. J'imagine en effet. Les sismographes ont dû en enregistrer de sacrées secousses cette nuit dans la région, au moins supérieures à trois.
Seul Jürgen, mon copain de hier soir est resté au camp. Il est persuadé que ça ne sert à rien et marcher juste 5 minutes pour dire ne le motive pas outre mesure.
Nous passons le début de matinée à discuter jusqu'à 9h30 lorsque le bus revient. C'était inutile, beaucoup trop de neige sur la glace qui cache les crevasses. Le guide ne veut pas prendre le risque de monter.
Donc retour à la civilisation via Hvannalindir.
Ils vont se régaler, hmmm!!!
Voilà une sortie fort expensive pour rien... le glacier inaccessible à cause de la neige et les grottes de glace interdites pour cause de chutes de blocs de glace en abondance cette année à cause des quantités trop importantes de neige de ce printemps.
Jürgen me confirme d'ailleurs qu'hier, alors qu'ils regardaient le glacier, il y'a eu une grosse chute de séracs devant l'une d'entre elles.
Donc aller jusqu'à Kverkfjöll pour manger juste des spaghettis au refuge, ça fait cher de la sortie, mais on ne décide pas forcément des conditions, spécialement en Islande.
Je vais me renseigner auprès des gardiens pour savoir si vraiment c'est impossible de monter sur le glacier.
En fait, ils me conseillent pour monter au sommet d'éviter le glacier en le contournant par la droite et récupérer la partie montagneuse au-dessus.
Du parking des grottes de glace, ils me disent qu'il y en a pour 9-10 heures de marche.
Aha... Il est 10 heures du mat et 5 bornes pour rejoindre le dit parking. Ca va faire juste pour rentrer avant la nuit, le sac n'étant pas encore bouclé.
A savoir toutefois que je vais monter en ultra light, je redors ce soir au même endroit.
Donc action now, c'est maintenant que le voyage démarre pour de vrai.
un paquet de cacahuètes, une barre de chocolat au lait et des abricots secs, des vêtements chauds parce que je pense qu'il va peler sévère en haut, les crampons et le piolet et et c'est parti.
Je ne prends pas la piste dans un premier temps pour aller au parking, parce que j'en ai marre des routes mais tire droit dans la pampa sauf que c'est pas du tout plat, très casse pattes et donc très contre-productif.
Le dernier km avant le parking donc sur la route et me voici enfin après trois longues journées pourries devant mon objectif suprême du voyage: Kverkfjöll (bon, en réalité l'objectif suprême est beaucoup plus intérieur mais j'en parlerai dans un article court pour meubler
).
La lisière du glacier et ses lignes rondes, pleines de grâce (presque)...
Dégun sur le parking... Vais être peinard today...
Approche des grottes de glace... Moultes panneaux indiquent le danger et l'interdiction d'y pénétrer. On verra ce soir en rentrant pour éventuellement y faire un petit tour si j'ai le temps.
En tout cas ça fait vraiment envie en voyant cette eau fumante sortir de la glace. Mais bon, vaut mieux être en galère à la nuit tombée ici plutôt qu'en haut de la montagne.
Je repense au voyage de Daniel et Rachel ici, me demande où ils ont cueilli le cadeau qu'ils m'ont fait mais je crois que ça casserait le charme si je trouvais. Je me demande également comment il sont réussi à se mettre en galère à la sortie de la grotte de glace. Il faut dire que le niveau de l'eau n'est pas très important aujourd'hui.
Et puis d'abord même que ça pourrait être un torrent furieux (ce qu'il est un peu quand même) que je m'en fous. Y'a une super passerelle digne de celle de Spasimata (Corse) pour le franchir.
On se demande s'ils ont pas ramassé toutes les merdes dont ils ne savaient quoi faire pour le construire. Parait plutôt fragile le bidule.
J'ai toujours eu une préférence marquée pour les bons vieux ponts génois avec une clé de voute.
Passé la passerelle, suivre le sentier marqué en rouge. Longer le glacier sur la moraine...
Se régaler de ses formes délirantes, prendre plein de photos...
Une fois le glacier longé, il faut le contourner par la droite sur ce sentier marqué de rouge toujours aussi bien balisé et net en montant sur la moraine.
D'abord assez plat, il attaque des rampes très sérieuses qui font vite prendre de l'altitude.
La vallée de la Jokulsa commence à apparaitre et le Dyngjukokull à apparaitre dans son immensité.
Je suis très curieux d'ailleurs du Dyngjujökull puisque c'est par lui que j'avais imaginé d'arriver à Kverkfjöll depuis Kistufell (pour un petit pèlerinage en souvenir de la tempête de 2008 où j'étais resté bloqué 3 jours dans le petit refuge), mais bon, le mauvais temps m'a forcé à un plan b d'urgence...
Aujourd'hui enfin, je suis sur le rail initialement prévu.
En parlant rail, j'oubliais la séquentialité du jour... Refuge - parking des grottes... Suivre le chemin rouge et faire demi-tour quand y'en a marre...
Quand je dis qu'il a neigé ces deux derniers jours...
Le sentier n'en reste pas moins visible, voire évident lorsque les balises ont disparu... 2-3 petites erreurs toutefois vite rattrapées.
Altitude 900 mètres, presque 10cm de neige fraiche.
On monte en laissant sur la gauche la "forêt noire" propre aux glaciers islandais. C'est bien de la glace recouverte de sédiments que l'on voit à la lisière. J'ai toujours trouvé ces formations particulièrement spectaculaires et esthétiques.
Et juste au-dessus le coeur du glacier, bien blanc, bien recouvert de neige, complètement impraticable.
Continuer à monter pour passer au dessus du glacier et rejoindre la partie rocheuse de la montagne. Le sentier rouge est toujours existant.
Dernière petite crête où il vaut mieux éviter de tomber à gauche...
Et on arrive à un immense cairn au pied d'un gros éperon rocheux, signe de la fin du sentier.
Maintenant, il faut tirer à vue à travers la pente de la montagne plein sud de manière à atteindre le plateau sommital. Il s'agit de doser savamment la pente désormais que j'estime à 45° dans cette traversée.
Mais d'abord, du cairn, il faut descendre à un magnifique petit lac qui marque la jonction entre glace et neige.
Le brouillard va et vient sans cesse. Un moment je me pose même la question de l'utilité de poursuivre mais je m'interdis d'être fainéant dans un tel endroit aussi mythique que Kverkfjöll.
C'est maintenant qu'il faut tirer dans les mollets.
Je fais l'erreur initiale de ne pas monter suffisamment sur le flanc de la montagne en visant un petit ressaut plein sud.
A chaque fois que je me retourne, le panorama est toujours plus somptueux, glacier et montagne (j'ai beaucoup de mal à sélectionner et à éliminer des photos du récit, désolé pour les doublons).
20-30 cm de neige fraiche, c'est mortel mais qu'est ce que c'est beau.
Seul, je suis seul au monde. Quel plaisir unique que d'être le premier à fouler une terre vierge (oui, je sais... j'ai le droit de rêver aussi, non? je viens d'abord pour ça).
La raideur de la pente ne rend pas sur les photos, mais à mi-montée, je ressens le besoin de chausser les crampons, même dans une neige aussi fraiche.
Gros zoom sur le Dyngjujökull... L'endroit où j'avais calculé ma sortie au nord du lac avec cette saignée noire en travers du glacier que l'on voit si bien sur google earth.
De mon côté, sur "ma" montagne, je n'ai pas donné assez d'angle à ma pente de montée. Arrivé en bout de traversée, c'est l'impasse, le passage est impossible. Il me faut monter donc très fort dans la pente la plus raide pour rejoindre l'itinéraire "normal" (les photos sont sans lien avec ce que je dis, c'est pour meubler
).
Une petite odeur que je déteste à l'usine mais que j'adore ici en Islande me pique dans les narines en fonction de la direction du vent. Le soufre... YES!!!!!!!!!!!!!
Ce que je prenais pour de la brume est en fait des fumerolles issues des sources chaudes de la montagne. J'approche du but.
L'immensité du Dyngjujökull (j'y tiens) avec Kistufell au fond (la montagne). Il ne faut pas s'y laisser tromper mais la montagne est à 50km d'ici.
Je suis maintenant largement au-dessus des montagnes qui me narguaient de toute leur hauteur ce matin, à un peu moins de 1600 mètres d'altitude.
Je transpire abondamment malgré le froid et le vent qui m'obligent à garder bonnet, gants et veste gore-tex.
C'est pas humain de monter aussi fort dans tant de neige. En tout cas, je n'ai pas l'entrainement suffisant à moins que je n'ai plus les capacités de récupération d'antan (40 balais depuis un mois, arghhhh!!! je peux pas y croire, pas moi).
Une dernière avant de basculer à Hveradalur.
Ils manquent vraiment d'originalité dans ce pays avec le nom de leurs spots... Dès qu'il y'a une zone thermique en montagne, ils l'appellent Hveradalur... De même qu'à Kerlingarfjöll, c'est le cas ici également. Evidemment, la foule est un peu moindre.
Aujourd'hui, le site ne sera que pour moi, et je n'en suis pas peu content...
S'il y'a bien un endroit qui mérite ne nom en Islande de terre de feu et de glace comme tous les slogans touristiques décrivent l'ile, c'est bien ici.
Trop de neige pour m'aventurer dans les grottes de ces mini-cratères, je me contente de la périphérie du premier.
Qui va l'emporter? la glace, la vapeur? Y'a t-il réellement une lutte?
Peut être qu'ici aussi tout est question d'équilibre. Mais l'équilibre existe t-il sur une terre aussi jeune, aussi explosive que l'Islande. Les forces en jeu utilisent des stratégies différentes. Le feu issu de la terre est permanent, si puissant mais réduit sur un périmètre si petit; l'eau et le froid du ciel plus intermittents, moins excessifs mais sur une si vaste échelle...
Le feu s'éteindra un jour ou alors le passage se bouchera... A moins que le volcan n'explose définitivement mais toujours un jour ou l'autre l'activité disparaitra.
La glace aussi est amenée à reculer un jour ou l'autre...
Mais peu importe mes réflexions, mon cerveau a besoin de grain à moudre. Ici pas de questions hautement philosophiques ou existentielles, mes pensées sont juste tournées vers ces forces qui me dépassent que je ne comprends que trop peu. J'aimerais tellement maitriser tous ces concepts géologiques...
Deux zones bien distinctes successives de la même taille et selon la grosse mado de la même activité.
Je me pourris les crampons et les pantalons en alternant marche dans la neige et cette glaise caractéristique des solfatares.
Grand classique visuel et souvent pris en photo, cette trouée dans les roches orangées donnant vers le glacier en contrebas.
Celle là a dégueulé y'a pas longtemps...
Encore quelques plans et vidéos
A partir de là, pour accéder à la troisième zone, il faut marcher encore un peu, en prenant relativement peu d'altitude.
Le problème est que la neige ne porte absolument plus sur le plateau. Je suis vraiment épuisé à l'approche du dernier secteur.
Secteur qui l'air beaucoup plus actif que les précédents, la fumée crachée beaucoup plus noire.
En arrivant ainsi par dessus, on a vraiment l'impression d'un cratère, ce qui est démenti quand on arrive sur le rebord. En fait il s'agit d'un pan de montagne totalement éventré d'où jaillissent de partout des fumerolles. Je en tente pas de descendre dedans, le passage me paraissant très délicat et il n'est vraiment plus l'heure de trop dévier de la ligne droite. Il est 16h00 et le temps commence à virer mauvais.