28/06: la Tête sud des Bresses (2824 m)
Autant l'an dernier j'avais été glouton dans mes envies de sorties montagne, autant cette année j'ai beaucoup plus de mal à me motiver pour me lever tôt et me faire mal.
Depuis plusieurs années, j'avais réussi à faire une croix sur tous mes petits (mais vraiment petits) problèmes perso. En ce début d'été, il me pètent de nouveau en pleine gueule et je n'ai pas trop la tête à la montagne.
Vivement la salvatrice régénération islandaise annuelle. Encore que... mes retours sont parfois encore plus difficiles avec toutes les questions métaphysiques strictement inutiles qui m'assaillent. Un mois de solitude, c'est trop bon. Ne penser qu'à soi... Marcher, manger, boire, dormir... Curieusement, autant on pourrait penser qu'on va se poser mille et unes questions, autant l'esprit est totalement libéré de nos petites questons existentielles.
Par contre au retour, le monde ne s'est pas arrêté et tu peux te prendre un de ces retours de manivelles... Ca avait été particulièrement le cas en 2008 notamment où j'avais vraiment vécu une expérience très difficile entre désert et tempête de neige.
Mais qu'est ce que j'étais bien...
Bon, la Tête sud des Bresses... Ils me l'ont bien vendue dans les topos...
Je cite:"la tête sud des Bresses représente une sorte d sommet idéal pour le randonneur épris d'une relative solitude, désireux de sortir des sentiers battus... un panorama fameux sur le cirque de Péfouns à l'ouest et le massif de l'Argentera à l'est... des coups d'oeil uniques sur quelques uns des plus beaux lacs des alpes méridionales..."
Mouais... disons que je suis épris d'une solitude totale... même si c'est pas la solitude qui m'a manqué, mais juste l'envie. Pas trouvé les panoramas fabuleux... Quand l'état d'esprit n'y est pas... Au moins un bon entrainement physique, le tour bouclé en 6 heures pauses comprises contre 8 hors pause dans le topo. Je sais, la montagne n'est pas un terrain de sport ou de courses mais quand l'envie n'y est pas, tu t'attardes pas.
Réveil à 4h00 comme d'hab... Comme d'hab cette année... et m...!!! j'ai pas envie... je me retourne dans mon lit.
7h30, je me mets un énorme coup de pied au cul pour me lever et faire cette sortie montagne.
9h00, parking du col de Salèse. Il y'a quelques voitures et des gens prêts à monter. Qu'est ce que je n'aime pas ne pas être le premier le matin sur les chemins...
Montée au col de Salèse avalée en moins d'une heure, à la limite de courir. Si mon compte est bon par rapport au nombre de voitures, j'ai déjà doublé tout le monde en arrivant au col, même un cycliste (il avait mille ans, faut dire) pas au courant que le col est interdit aux vélos (parc du Mercantour).
A partir du col de salèse, c'est vrai qu'on peut partir dans toutes les directions vers des paysages différents mais alors cette montée est pour moi à chaque fois une vilaine purge. Une heure de perdue avant de commencer à profiter...
Maintenant le chemin de montée au lac Nègre jusqu'à Camp Soubran (voir photos sur le lien du lac nègre), toujours aussi caillouteux mais avec de superbes vues.
Camp Soubran, c'est maintenant qu'on quitte les sentiers balisés...
Là le chemin d'accès vers Frémamorte
Bien bel endroit pour une nuit de bivouac. A retenir.
Il faut monter depuis la balise de camp Soubran tout droit vers les lacs des Bresses en contournant les quelques barres rocheuses qui pourraient gêner. Vraiment simple.
Et on arrive ainsi au premier lac des Bresses, encore bien pris par les glaces. Au fond, la cime de Frémamorte.
Il faut contourner le lac par l'est. Le Giegn en arrière plan
Le lac Nègre est juste en dessous du Giegn (beaucoup plus bas), inaccessible directement depuis ce point.
Les lacs de frémamorte et la cime du Pagari de Salèse
Atteindre le second lac des Bresses est une formalité accomplie en moins de 10 minutes depuis le premier lac.
Le premier lac vu depuis le deuxième (faut suivre
)
Et le deuxième (pas vu depuis le premier)
Sous la glace, il se ressemblent un peu...
Là aussi on le contourne par l'est. Dans ces conditions d'enneigement, le plus simple est de remonter sur le doux névé qui remonte vers le collet des bresses pour éviter les pénibles cailloux (là, on sait qu'on est dans les alpes du sud, y'a pas à se poser de questions)
Le lac et le Cayre Pinchu qui le domine.
A l'approche du collet des Bresses,à la sortie du névé...
Généralement, j'aime bien ces ambiance complètement minérales. Aujourd'hui, beaucoup moins... Ce névé est bienvenu pour m'éviter de me tuer les genoux dans les pierriers.
Le lacquet en dessous du collet des bresses, et le vallon qu'il faudra suivre pour rejoindre le sommet (qu'on ne voit pas encore sur la photo)
pause au collet des Bresses. On voit une cordée qui monte par le versant italien vers le col de Frémamorte (zoomée).
Très belle vue sur l'Argentera...(non zoomée)
Le col de Frémamorte (versant italien)
La montée continue entre pierriers et névés sur la crête orientale de la tete des Bresses. Il existe désormais un sentier assez bien tracé depuis le collet qui va nous mener quasiment jusqu'à la tête (perdu régulièrement plus ou moins volontairement au gré des névés).
La crete devient à un moment très accidentée, il faut revenir dans le thalweg du vallon entre la crete orientale et celle qui va refermer le vallon venant depuis le sud ouest.
Maintenant on se retrouve sur cette crête sud ouest. On y voit le pas de Préfouns et la Cresta savoia
Et la tête des Tablasses (j'ai du mal à voir le chemin de l'ascension de ce sommet pourtant réputé)
Juste avant de s'attaquer au ressaut terminal de la tete des bresses, une petite vue du vallon que l'on a remonté depuis le collet des bresses (super facile sur le névé, super barbant sans doute sur les cailloux (et pour que ce soi moi qui dise ça...))
Les topos disent d'éviter les derniers mètres sur la crête en suivant le sentier qui redescend un peu pour contourner les gros blocs plutôt rock and roll et remonter ensuite à l'aplomb du sommet.
Donc, qu'est ce que je fais? tout droit sur la crête... Bon, ce n'est pas forcément dangereux, même si une gamelle dans un trou entre ces immenses rochers serait sans doute fatale ici en solo. Je pourrai attendre un moment avant qu'un galiboy ne passe par là pour me sortir de ce mauvais pas. Mais ce n'est pas non plus du tout ludique comme peut l'être par exemple le Saint Honorat. en fait ces deux cents derniers mètres sont une véritable purge à éviter absolument. Aucun plaisir à gravir par là.
Sur cette photo, la fameuse crête pénible. Rester sur le versant ouest si on veut s'y frotter, il n'ya pas de pente vertigineuse. Le sommet est une étroite plate forme de 2*2 mètres environ.
Alors, du sommet que voit on?
Côté italin un beau lac aux dimensions parfaites de triangle équilatéral.
non zoomé cette fois avec le massif de l'Argentera derrière
Comme souvent une vierge en arcopal et un livre d'or dans une boite en inox.
La tête nord des Bresses, autrement plus hardue à gravir que la sud.
le pas de Préfouns à nouveau et la mythique Cresta Savoia, un des rares paysages d'aiguilles de la région.
De mémoire, je ne connais que celle là et les aiguilles de Val Pelens au col des Champs.
J'hésite un petit moment à redescendre par le pas des Tablasses puis le Pas de Préfouns mais je ne connais pas le chemin assez bien pour m'y risquer sur des pentes encore très enneigées, d'autant plus que la météo est en train de tourner sévère.
Donc descente au pas de course jusqu'à la voiture.
Mes seuls chamois de la journée juste au-dessus de Camp Soubran.
Je redouble tous les gens que j'ai doublés à la montée et qui allaient sans doute au lac nègre.
Il doivent se dire que je suis cinglé à marcher à ce rythme et à ne pas profiter de la beauté de la montagne.
Pour moi, lorsque je suis en aller retour, la descente n'a plus d'intérêt. La journée s'est terminée au sommet, sauf rencontre imprévues d'animaux.
De plus aujourd'hui, le nuages commencent à être vraiment noirs...
J'arrive à la voiture, et comme souvent ça m'arrive, j'ai juste le temps de changer de chaussures et il tombe un orage monumental... Alors? j'étais vraiment si cinglé de decendre si vite?
Le lendemain, j'apprends dans le journal que la route de la madone de Fenestre (la vallée à côté) a été submergée par une coulée de boue... Un bien bel orage donc...