7 et 8/05: les lacs de Lignin depuis le col du Fa
Ce qui est cool avec ces lacs de Lignin, c'est qu'il accessible de partout.
J'avais décrit l'an dernier la montée à partir des gorges de Saint-Pierre.
Aujourd'hui, la montée à partir du Col du Fa, itinéraire sans doute le plus long et décrit par les "gens" comme le plus monotone. On pourrait d'ailleurs imaginer combiner les deux avecdes navettes de véhicules. Ou encore imaginerd'autres possibilités audépart de Colmars-les-Alpes (le classique) ou de la Colle Saint-Michel, voire même depuis la vallée du Var par le pas Roubinous (très spectaculaire). Bref, y'a de quoi faire dans ces steppes dignes des plus beaux paysages kazakhs (orthographe à confirmer)...
Pourtant, je l'aime bien, ce passage par le col du Fa, pas trop raide, d'abord au milieu d'une végétation méditérranéenne qui reprend ses droits sur d'anciennes cultures à l'orée du sublimissime hameau d'Aurent (non, pas Oran en Algérie) puis passé les vertigineux ravins qui font face à la Baume du Vent (immense barre continue de deux km de long), on monte gentiment dans les alpages cernés de spectaculaires barres de marnes noires...
Sauf que... on est le 8 mai et en cette année 2010, la montagne en ce début de mois, c'est pas tout à fait l'été encore. J'avais prévu le coup, mais quand même, là, ils abusent, ceux qui décident du temps qu'il fait.
Les lacs de Lignin, donc, c'est ça, en période estivale, ce que je suis en droit d'attendre de voir avec quelques plaques de neige en plus (c'est pas la plus belle photo des lacs, c'est vrai).
Notez bien la croix et la cabane...
C'est parti... Direct après le boulot à 13 heures.
Arrêt à Puget-Théniers pour acheter du miam miam. J'ai découvert "pour de vrai" la vieille cité avec tatiana il y'a 15 jours. Je suis tombé sous le charme. Pourquoi pas m'installer dans ce coin un de ces jours quand j'aurai récupéré mes sous? Bon, l'arrêt à Proxi vient de me casser dans mon enthousiasme. A devenir dingue devant la stupidité rencontrée à la caisse... Je raconte pas, mais pour trois clients, un quart d'heure de palabres, contestations diverses et variées dont une avec un sourd muet (véridique...). La caissière, c'est une bonne, je la conseille à tous les supermarchés de France. Ah, si Tatiana avait été là, comme j'aurais rigolé devant son calme légéndaire face à la stupidité à l'état brut.
Comme j'ai tendance aux raccourcis faciles et que je crains beaucoup la consaguinité de mes semblables en ces lieux un peu retirés, je remets ma réflexion sur le sujet du logement à plus tard.
15h30. Arrivée au col du Fa. Discussion avec deux agents de l'ONF frigorifiés quant à mon projet du soir. Il a en effet neigé ces jours ci à basse altitude et un passage m'inquiète, très raide et raviné situé à l'hubac. C'est vraiment le seul point qui peut être difficile de la balade. Pour eux, hormis un vieux névé éventuel, c'est bon et ils me conseillent de forcer ce soir pour aller dormir à la cabane de Pasqueires (qui me parait très très loin sur la carte).
Le col du Fa est sans doute le col que j'ai le plus franchi à pied dans ma vie. Toujours très sympa à la descente avec une vue qui s'ouvre sur le Coulomb dessous puis le hameau d'Aurent (faudra vraiment un jour que je retourne à ces fameuses sources du Coulomb qui fachent mes copains) .
A partir de là, fini la rigolade, il faut descendre sur un magnifique sentier jusqu'au hameau. La pente est de plus en plus raide au fur et à mesure qu'on descend (pas très grave dans ce sens).
Arrivé à la passerelle toute neuve, signe de discorde entre les anciens (que merde, c'est quoi cette daube qui nous défigure le paysage, que s'ils veulent accéder au village, z-ont qu'à marcher dans l'eau, ces faignasses) et les jeunes (grace au progrès, on peut amener nos quads jusqu'aux maisons et retraverser même quand il y'a de l'orage). A votre avis, avec qui je suis d'accord?
ah, j'aimais mieux le passage à gué... Y'a pas à dire...
Fin de la descente, il faut remonter mintenant le long de l'interminable Baume du Vent, terrible pour le moral. On a l'impression de pas avancer en longeant cette muraille sans fin (mon expérience du désert islandais m'a appris à relativiser deux km monotones).
D'abord, en cette période de l'année, au milieu de patures et anciennes cultures fleuries et herbues très agréables.
Pas parti depui une heure qu'une cabane rénovée me tend les bras, alors qe le temps incertain laisse présager la pluie pour dans pas longtemps. Mais non, je suis volontaire aujourd'hui et je ne vais pas me laisser gagner par la paresse.
Continuons au milieu des fleurs, des sapins et des cerisiers.
Le truc, c'est que ça dure vraiment pas longtemps, l'herbu et pas pentu...
On arrive enfin sur une montée sévère en lacets face au ravin de la Valette et une splendide cascade à à peine une grosse heure du hameau (à sec l'été ou presque).
Ici, c'est l'instant de vérité de la rando. C'est très raide dans un terrain marneux, le sentier très étroit parfois emporté par des coulées de neige ou de boue. L'absence d'arbres accentue encore la sensation de vide. Pour ceux qui tiennet pas debout sur une chaise sans avoir le vertige, passage interdit. Ca arrive souvent dans ce secteur ce type de terrain: de mémoire le ravin d'Ondres, le ravin du Four et autres ravinements au-dessus des cabanes du pasquier. Pas dangereux en temps normal mais très spectaculaires. Sous l'orage, par contre, ça doit être une autre histoire.
Aujourd'hui, pas de neige et le sentier pas trop abimé, juste englouti par des coulées de cailloux en 2-3 endroits.
La photo écrase la pente. Sur place, ça paraît beaucoup plus raide.
En haut à gauche, juste sous le brouillard, des prés avec une bien belle cabane où je m'imagine poser mes guêtres pour ce soir (déjà fatigué après deux heures de marche (mais levé depuis 4 heures ce matin)).
En se retournant, une belle vue sur la baume et le sentier qui m'inquiétait.
Je fais le plein d'eau en arrivant au niveau du torrent puis remonte àces fameux prés par une vilaine série de lacets bien raides.
Cabanes (il y'en a deux en fait) refaites à neuf sauf que fermées à clé. Y'a pas à dire, l'hospitalité des bergers a bien disparu. Je comprends bien que le mec se soit fait le c... à retaper sa bergerie et qu'il ait envie de la retrouver dans l'état où il l'a laissée mais c'est bien dommage de profiter de moins en moins de ces abris paradisiaques. C'est vrai que le randonneur moyen est plutôt crad et a tendance à laisser ses merdes là où il pose ses fesses. Donc, bien fait pour notre gueule à tous...
N'empêche que l'endroit est bien sympa et que je vais poser ma tente ici. Les cabanes de Pasqueires sont beaucoup trop loin à mon goût pour ma forme du soir.
17h30. La tente est dressée. Je tire à peine sur la fermeture de celle ci qu'il se met à tomber un déluge. Trop fort, le type...
On n'est pas bien là?
Pas envie de cuisiner dans l'abside, de monter le réchaud et tout le tsoin tsoin donc je me contente de mon bon carpaccio de boeuf acheté en bas chez les tarés et d'une bonne binouse qui est censée compte tenu de mon niveau de fatigue, me faire écrouler dans mon duvet d'ici quelques instants.
Promenade digestive à au moins dix mètres de la tente (on sait jamais qu'il se mettrait à pleuvoir). Promenade fructueuse d'ailleurs, chamois, un renard et des lagopèdes qui me font tomber le coeur pour changer.
Je m'endors avant qu'il fasse nuit. La pluie commence à crépiter très fort sur ma nouvelle tente. Bon test pour évaluer son étanchéité.
Ben, c'est de la merde!!!... Tente monoparoi... La pluie finit par traverser... l'eau ruisseler le long des parois et même par moment des gouttes me tombent sur le front. Mon duvet se mouille dès que je touche le bord.
Vraiment mais alors vraiment pas content du résultat. 300 euros pour cette nullité... Mais comment je vais faire pour dormir avec cette daube en Islande et sa météo clémente?
Réveil à 6h30, grace aux bienfaits de l'eau glacée qui me goutte sur le visage... Et merde... Bonne humeur assurée pour le reste de la journée après la découverte de la médiocrité de mon achat.
Petit regard sur le thermomètre dans la tente: 2°C... Oups... Fait frais... Autant l'eau coule dans la tente, autant elle est gelée sur l'extérieur (ça explique peu être mes problèmes de condensation à l'intérieur).
On voit bien la marque? Bien... C'est vraiment la première fois que je suis déçu par un produit The North Face.
Hormis le froid, il fait super beau ce matin côté montagne (parce que côté mer, ça a pas l'air top). Je me dis qu'il va y'avoir beaucoup d'amateurs pour la rando ce matin vu le temps sur la côte, qu'il est très tôt et que je suis dans un des endroits les moins fréquentés des alpes maritimes (surtout que je suis dans le 04), donc poursuis ma rando vers les lacs en laissant tout le matos en bas et en ne prenant que crampons, raquettes et ce que j'ai sur moi (polaire, veste, gants et bonnet).
La montée est désormais une succession de replats et ressauts entre chaque vallon pour monter aux lacs au milieux de magnifiques alpages, sauf qu'un élément s'est mélé à la balade: the white jacket...
Et ce dès 1900 mètres en versant sud (j'ai dormi à 1800, j'ai été bien inspiré sur le coup).
Versant nord de la Mélina et de la crête de la tête de Travers (gravie sur l'autre face il y'a deux semaines)
Bonne inspiration aussi de m'être arrêté plus tôt hier soir aussi parce que je ne trouve pas la cabane des Pasqueires à la srtie du Vallon de Foues. J'aurais eu bonne mine de me retrouver là dehors au milieu de toute cette neige, parce que si je suis équipé pour dormir dans ces conditions, j'aime franchement pas du tout.
Il y'a vraiment beaucoup de neige... et quelques traces de neige très fraiche tombée cette nuit...
Le haut du vallon de Fouès...
A partir de là, il faut chausser les raquettes, la quantité de neige devient trop importante.
C'est magique d'avancer entre tous ces vallons. Je me régale à choisir mon itinéraire dans ce labyrinthe glacé tout en gardant à l'esprit qu'il ne faut pas trop se mettre sous les versants les plus raides. On y voit beaucoup de traces de coulées récentes. Bon, ce matin, compte tenu de la température, je n'ai pas grand chose à craindre mais comme je suis en versant sud, ça va vite chauffer et se transformer.
Comme un poisson dans l'eau ou un ours polaire sur la banquise (quand je pense qu'ils ont introduit des ours polaires à Marineland... mais où va t'on??? bon, y'avait déjà les dauphins et les orques, on ne change pas la logique lamentable de ces parcs d'attraction).
J'ai rendez vous cet aprèm, faut que j'me grouille...
Monter le long des vallons et des crêtes... etre le premier à laisser ses empreintes dans la neige vierge (pas bigfoot pour rien
).
La montée est vraiment plus longue que mon souvenir l'avait gravé en mémoire.
En bas, le vallon de Fouès.
Le mauvais temps commence à monter dans la vallée du Var. j'ai du bol, je suis du bon côté de la montagne.
Enfin la croix au-dessus des lacs apparait (à droite du mamelon).
Montée par la gauche pour éviter le creux et une petite descente optionnelle.
et voici la croix de plus près. vous vous rappelez la photo du début de l'article?
Ben ouais, c'est pas ça qui était prévu...
Au col, enfin... J'avais mis les raquettes à l'envers (gauche à la place du droit)... Pfff... Faut marcher encore plus en canard que d'habitude, je commence à avoir mal aux ischios... (ah ben oui, je suis boulet avec tout ce qui a trait à la neige)
Ah oui, le mauvais temps commence vraiment à menacer sévère. Ca m'étonnerait que je reste au sec d'ici que je sois rentré à la voiture, au moins à 4 heures d'ici minimum si je me grouille...
Bon, et le lac, où est il?
Ben, franchement... Et la cabane... Y'a que le toit qui dépasse au milieu. Derrière on voit le Grand Coyer.
Sisi (impératrice), il y'a bien une cabane ici... Je me répète mais bon, on est le 08 mai, faudrait que ça pense à fondre un petit peu. y'en a marre de balader dans l'estérel.
C'est peut être à cause de ça que j'ai pas vu l'autre cabane plus bas, enfouie sous la neige.
Après ce magnifique spectacle des pelouses autour du lacs et de son look de "pozzines corses", il est temps de rentrer au col du Fa par le même chemin, ce qui est d'ailleurs le "tout" petit inconvénient de cette sortie. Il faut 8-9 heures pour faire l'aller-retour dans la journée et sans trainer.
Donc retour à la tente dans un premier temps.
Ah oui, on reprend vraiment le même chemin...avec des variantes de 200 mètres entre montée et descente histoire de casser la monotonie tant qu'on le peut.
Parce qu'une fois sorti de la neige, y'a plus qu'un seul chemin.
Enfin du vert et des couleurs...
La tente en bas sur le green de golf. Personne n'y a touché. Ils savaient les chamois que c'était une grosse nullité...
Premières marmottes de la saison aussi. Ah... ces cris me rappellent quand même combien l'été est proche...
Le retour est un calvaire. Je me suis fait un monde de la remontée du col du Fa. Je le connais tellement bien. Je sais combien ses pentes en bas sont redoutables pour quelqu'un un tant soit peu chargé (en poids, pas en stupéfiants illicites
).
Une très grosse suée en tee-shirt alors qu'il fait même pas 10 degrés. Pas de jambes, pas de souffle, pas de coeur... pas de moral pour avancer... De temps en temps, ça arrive, surtout quand on connait bienles lieux et qu'on s'en fait une montagne.
La courbe du col est logarythmique et l'asymptote en fin de course est vraiment très très longue. Quel soulagement à la fin de découvrir que ce n'est pas une vrai asymptote. Ouf... (si vous avez besoin de cours de math... je peux enseigner jusqu'au niveau math-sup/ math-spé)... euh... presque...
Et c'est parti maintenant pour continuer un petit week end bien commencé dans un registre beaucoup plus douillet à la campagne... The end...